L’audace ferroviaire du Nigeria : une source d’inspiration pour le Cameroun et ses voisins
Le Nigeria s’apprête à investir massivement dans un réseau ferroviaire moderne. Une ambition qui pourrait inspirer le Cameroun et d’autres pays africains à suivre la même voie.
PANAFRICANISME
Roufaou Oumarou
8/19/20253 min read


Le Nigeria vient d’annoncer un projet véritablement pharaonique: la construction d’un réseau de train à grande vitesse de 4 000 kilomètres, pour un coût estimé à 60 milliards de dollars. Reliant Lagos, Abuja et Port Harcourt, ce corridor ferroviaire ambitionne de transformer la mobilité, le commerce et l’intégration territoriale du pays le plus peuplé d’Afrique.
Certes, il ne s’agit encore que d’un projet, et les défis restent immenses : financement colossal ontenu d'abord en grande partie sous formes de credits, dépendance aux technologies étrangères, nécessité d’une maintenance rigoureuse sans oublier le défi que represente toujours la corruption dans l'exécution de grands projets dans cet immense pays. Mais l’essentiel est ailleurs : un grand pays africain ose voir grand et penser à long terme dans un secteur stratégique, et il fait appel à un partenaire qui a fait ses preuves dans ce domaine dans son propre pays et à l'étranger : la Chine. C’est cette audace qui mérite d’être saluée et imitée.
L’Afrique a besoin d’ambition
Depuis des décennies, la plupart des États africains se contentent d’entretenir ou de prolonger les réseaux ferroviaires hérités de la colonisation, souvent vétustes, construits dans un esprit d'exploitation des richesses minières et agricoles au bénéfice exclusif de la puissance coloniale et donc inadaptés aux besoins du pays et aux normes actuelles. Pendant ce temps, la démographie explose, les villes débordent, les routes très souvent en mauvais états sont saturées. Comment bâtir l’avenir sans un réseau ferroviaire moderne capable de transporter massivement passagers et marchandises ?
Le Nigeria, en lançant ce projet, montre qu’il est possible de sortir de la logique des « petits pas » pour embrasser une vision carrement trans-continentale et moderne. Le rail à grande vitesse n’est pas seulement un outil de mobilité : il est une colonne vertébrale pour l’intégration économique, le désenclavement des régions et l’essor industriel.
Une inspiration pour le Cameroun et ses voisins
Prenons le cas du Cameroun. Le pays reste prisonnier d’un réseau ferroviare herité du temps colonial et de la période du président Ahidjo, complétement vétuste sur tous les plans, limité dans sa couverture géographique et insuffisant pour accompagner son développement industriel et socio-économique. Comment espérer offrir des solutions de transport de haute qualité et valoriser les bassins agricoles et ses espaces d'élevage du Sud au Nord et de l'Est à l'Ouest, ou connecter les zones minières et industriels du Nord (Figul) ou de Mini-Martap à Kribi et à Douala sans une infrastructure ferroviaire digne de ce nom ?
L’exemple nigérian invite le Cameroun et d’autres pays africains à oser. Oser concevoir des projets d’envergure, mobiliser des financements innovants, associer secteur privé, partenaires régionaux et internationaux ainsi que les institutions internationales. Oser croire que le rail peut être un moteur de transformation, et non un acquis du passé qu'il faut juste entretenir.
Le temps d’agir
L’Afrique comptera deux milliards d’habitants d’ici 2050. Le choix est simple : soit continuer à subir embouteillages, routes dégradées, accidents de la route et isolement régional, soit investir dans des infrastructures modernes qui ouvrent de nouvelles perspectives.
Le Nigeria n’a pas encore construit son réseau, mais il a franchi une étape décisive : celle de l’audace et de la mobilisation du financement. À présent, il revient aux autres de s’en inspirer. Car une Afrique connectée par le rail sera une Afrique plus forte, plus unie et plus prospère.
Oser le rail, c’est oser l’avenir : le Nigeria l’a compris, à ses voisins maintenant de suivre.
A propos
Contact
Rester en contact
blog@oumarou.net
© 2024. Karlawal-communication.com All rights reserved.