Amadou Vamoulké : dix années de détention arbitraire, dix années de déni de justice

Dix ans de détention. Dix ans d'une liberté confisquée malgré un appel des Nations Unies à sa libération immédiate. Le cas d'Amadou Vamoulké dépasse désormais le sort d'un seul homme : il interroge l'État de droit, la justice et l'avenir du Cameroun.

CAMEROUN

Amadou ALI MITHAGATA

7/11/20263 min read

Free Amadou Vamoulke
Free Amadou Vamoulke

Dix ans.

Dix ans qu’Amadou Vamoulké, ancien Directeur Général de la CRTV, 76 ans aujourd’hui, est maintenu derrière les murs de Kondengui.

Dix ans que la justice camerounaise s’est enfoncée dans une procédure qui n’avait plus rien de judiciaire : plus de cent trente renvois d’audience, des soins médicaux urgents refusés, des décisions incompréhensibles, parfois cruelles, des accusations mouvantes qui se sont empilées comme pour masquer leur propre fragilité.

Dix ans d’une détention que le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a officiellement qualifiée de sans base légale, en demandant sa libération immédiate.

Dix ans que cette demande reste ignorée.

Dix ans d’un silence qui, désormais, ressemble à une faute.

Un homme debout dans un système qui s’effondre

Amadou Vamoulké n’est ni un fugitif, ni un prédateur, ni un homme d’ombre.

Il est celui qui, pendant plus d’une décennie, a redressé une CRTV exsangue, rétabli la diffusion 24h/24, restauré la discipline budgétaire, renforcé la transparence des marchés publics, et renoncé volontairement à plus de 600 millions de FCFA de salaire pour soulager les finances de l’entreprise.

Il est celui que l’ARMP a classé premier sur 600 maîtres d’ouvrage pour la transparence des marchés.

Celui que l’ANTIC a récompensé pour la performance numérique.

Celui dont le CONSUPE a dit :

« Votre maison est une maison de verre. »

Un homme qui a fait de la rigueur une ligne de vie.

Un homme dont la réputation n’a jamais été entachée — jusqu’au jour où la machine s’est mise en marche.

Une épreuve qui dépasse l’humain

Dans son propos final au Tribunal Criminel Spécial, en décembre 2022, il a prononcé des mots qui ne devraient jamais sortir de la bouche d’un homme innocent :

« J’ai vécu une véritable mise à mort — à mort lente. »

Et cette question, terrible :

« Suis-je encore un authentique citoyen de ce pays ? »

Ce ne sont pas les mots d’un homme qui a demandé la pitié.

Ce sont les mots d’un homme qui a demandé simplement la justice.

Dix ans d’une blessure nationale

Ce qui arrive à Amadou Vamoulké n’est pas seulement une injustice individuelle.

C’est une blessure infligée à la conscience collective.

C’est un avertissement silencieux : si cela peut arriver à lui, cela peut arriver à n’importe qui.

Un pays ne se construit pas en brisant ses serviteurs les plus intègres.

Un État ne se renforce pas en punissant ceux qui ont incarné la transparence.

Une justice ne se crédibilise pas en multipliant les renvois jusqu’à l’absurde.

Dix ans d’incarcération arbitraire, c’est dix ans de trop.

Dix ans de trop pour un homme.

Dix ans de trop pour une nation.

Ne pas l’oublier.

Ne pas le laisser seul.

Dix ans, c’est le temps qu’il faut pour que les voix s’épuisent, que les soutiens s’essoufflent, que les consciences se fatiguent.

Mais nous n’avons pas le droit de laisser la solitude devenir une seconde peine.

Nous n’avons pas le droit de laisser l’oubli devenir un verdict.

Nous n’avons pas le droit de laisser l’injustice gagner par inertie.

Aujourd’hui, plus que jamais, chaque geste compte :

  • un message envoyé ;

  • une visite quand c’est possible ;

  • un mot transmis à sa famille ;

  • une prise de parole publique ;

  • un partage sur les réseaux ;

  • une lettre adressée aux autorités ;

  • une mobilisation auprès des organisations internationales ;

  • une pensée, répétée, affirmée, incarnée.

Le soutien n’est pas un luxe.

Le soutien est une nécessité vitale.

Le soutien est une résistance.

À toutes les bonnes volontés : ne lâchez pas.

Vous qui l’avez soutenu depuis le premier jour : ne vous arrêtez pas.

Vous qui l’avez connu, respecté, vu travailler : ne vous taisez pas.

Vous qui refusez que la justice devienne un instrument de destruction : ne détournez pas le regard.

Dix ans.

Et pourtant, il est encore debout.

Debout dans sa dignité.

Debout dans sa vérité.

Debout dans son honneur.

Mais personne ne reste debout seul.

Ce 29 juillet 2026, nous disons ceci :

Ne l’oubliez pas.

Ne l’abandonnez pas.

Ne laissez pas la solitude faire ce que l’injustice n’a pas encore réussi à faire.

Chaque geste compte.

Chaque voix compte.

Chaque soutien compte.

Pour lui.

Pour la justice.

Pour le Cameroun.

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