Le
CODE (Collectif des Organisations Démocratiques et
Patriotiques des Camerounais de la Diaspora) a appris ce 22
décembre 2008, le décès de Lansana Conte,
président de la Guinée, survenu à Conakry,
de suite d’une longue maladie qui l’avait rendu
incapable de diriger un pays auquel il s’est pourtant
accroché pitoyablement jusqu'à sa mort. Suite
à ce décès, de jeunes officiers de l’armée
Guinéenne ont pris pacifiquement le pouvoir, prenant
de cours les vieux généraux qui dirigeaient
dans l’ombre la Guinée d’une main de fer.
Les jeunes officiers ont ensuite suspendu la Constitution,
dissout le gouvernement Guinéen et toutes les institutions
républicaines. Ils ont promis de restaurer la démocratie
après une période transitoire, et de rentrer
ensuite dans leurs casernes.
Lansana Conte est arrivé au pouvoir au moyen d’un
coup d’Etat en 1984, après le décès
d’un autre tyran, Sékou Touré, premier
président de la Guinée. Il s’était
s’appuyé sur une armée de « Tonton
Macoute » pour terroriser le peuple Guinéen,
massacrant sa jeunesse en quête d’avenir et a
régné en proliférant la peur. La Guinée,
qui fourni la moitié de la demande mondiale de bauxite,
a été appauvrie par une gestion prédatrice
et mafieuse de ses ressources naturelles, confisquées
piteusement par l’un des plus sombres potentats de l’histoire
de l’Afrique.
En novembre 2001, pour se maintenir au pouvoir au delà
de son dernier mandat qui finissait en 2003, Lansana Conte
organise un referendum constitutionnel truqué, qui
lui permet de faire passer le mandat présidentiel de
5 a 7 ans, de lever la limite d’âge pour les candidats
aux élections présidentielles ainsi que toute
limite aux mandats présidentiels successifs, toutes
ces combines ayant pour but de faire de lui un président
à vie. En 2000, son principal opposant, Alpha Condé,
est condamné sous son instigation pour « atteinte
à la sécurité intérieure de l’Etat
» et banni.
Lansana Conté quitte ce bas monde et entre dans l’Histoire
par la petite porte, couvert de déshonneur, les mains
couvertes de sang, laissant derrière lui un pays exsangue
et un Peuple qui ne versera aucune larme pour lui.
En tant qu’organisation démocratique et citoyenne,
le CODE condamne la nature même des coups d’Etat
militaires. Mais l’acte posé par les officiers
Guinéens est un acte héroïque de salut
public, et dans ce contexte, le CODE
- Trouve absolument justifié, fondé et approprié
le putsch des officiers Guinéens et les félicite
d’avoir opéré une prise de pouvoir sans
effusion de sang
- Appelle la communauté internationale, particulièrement
l’Union Africaine, à reconnaître l’équipe
de transition constituée par ces officiers, et à
l’aider par des moyens diplomatiques, politiques, humains
et financiers dans sa démarche de restauration d’une
véritable démocratie en Guinée
- Souhaite qu’ils respectent leur engagement d’organiser
une courte période de transition pour mettre en place
des institutions républicaines nouvelles, et suggère
qu’une telle démarche devrait s’inscrire
dans le cadre d’une Conférence Nationale Souveraine,
ou autre rencontre populaire du même genre, ou le peuple
Guinéen aura la possibilité de redéfinir
lui-même son avenir en reprenant en main son destin
- Souhaite, en guise d’ouverture et de leur bonne foi,
que les peines et condamnations politiques contre Alpha Condé
soient levées, et que tous les prisonniers politiques
qui pullulent dans les geôles de Guinée soient
remis en liberté
- Souhaite au Peuple frère de Guinée beaucoup
de courage pendant ces périodes troubles de fin d’année
pleine d’incertitudes
- Décide d’envoyer une délégation
à Conakry pour porter le soutien indéfectible
du CODE au gouvernement de transition
Il y a entre Lansana Conte et Paul Biya des similarités
troublantes. Les deux potentats ont pris le pouvoir pendant
la première moitié des années 80. Ils
sont arrivés au pouvoir par des moyens antidémocratiques,
et s’appuient sur une armée grassement payée
pour semer la terreur et étouffer toute velléité
de contestations. Comme Lansana Conte, Paul Biya a organisé
un véritable génocide, en noyant dans le sang
les émeutes de la faim organisées spontanément
par de jeunes Camerounais au mois de février 2008.
Lansana Conte et Paul Biya ont le même âge. Les
deux ont organisé d’ignobles tricheries pour
perpétuer éternellement leurs crimes sur leurs
peuples respectifs, en supprimant la limitation des mandats
présidentiels.
Face à ces analogies, le CODE
- estime que le décès de Lansana Conte est
un signe prémonitoire qui s’adresse aux potentats
comme Paul Biya, qui se croient immortels lorsqu’ils
ont le pouvoir et l’utilisent pour opprimer leurs peuples
- demande à Paul Biya de considérer la disparition
de Lansana Conte comme un message personnel de l’histoire
qui le jugera
- lui demande de saisir l’occasion de son « discours
de fin d’année » pour annoncer son départ.
C’est la dernière chance que lui offre l’Histoire.
Fait à Londres, le 24 décembre 2008.
Brice Nitcheu Secrétaire Exécutif du Code
© Correspondance : CODE |