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Marcus Garvey
«La liberté coûte très cher et il faut,
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"La plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l'homme resté seul et qui continue de lutter dans son coeur. Je ne veux pas qu'aux portes du pays des morts le douanier trouve des souillures à mes pieds."

Barbarisation du Cameroun en 2006
 

Pour les Camerounais, l’année 2006 se termine sur le triste sentiment qu’elle ne restera pas dans l’histoire comme ayant particulièrement favorisé l’avancée des droits de l’homme.

Avant tout, on peut dire que le gouvernement de M. Biya a encore manqué l’occasion de rétablir le peuple camerounais dans sa souveraineté politique. C’est-à-dire dans son droit (confisqué par les régimes successifs depuis la colonisation), de déterminer son destin par le choix libre de ses dirigeants ; droit qui implique l’alternance au pouvoir lorsque la nécessité en est établie, droit qui ne distingue pas de peuple gouvernant et de peuple gouverné.

Un Etat de droit, si l’on s’en tient au bon sens, est avant tout un pays où les institutions gouvernent parce que les dirigeants les animent dans le sens du bien commun, et où l’appareil gouvernant respecte le peuple son géniteur, au lieu de l’opprimer. Plus que jamais auparavant, le Cameroun aura, durant l’année 2006, dégradé son image déjà factice d’Etat de droit.

Des assassinats ciblés de type règlements de comptes mafieux, des crimes crapuleux ou rituels… se sont perpétrés, toujours impunis dans les grandes villes de Yaoundé, Douala, Bafoussam, etc… Un jeune homme marche sur le trottoir à Yaoundé. Un véhicule approche à son niveau. La vitre descend. On entend une détonation. Et la voiture disparaît à toute allure pendant que le gosse s’effondre sur le trottoir en giclant de son sang. C’est arrivé de nombreuses fois cette année à Yaoundé ; que la victime soit fils de colonel, de ministre ou d’un manœuvre, qu’a-t-il fait à cet âge et à qui pour mériter un sort aussi brutal et obscur ?

Un étudiant sort innocemment de chez ses parents pour aller honorer un rendez-vous qu’il a eu par téléphone. Quelques heures plus tard, il s’écrase sur la terrasse d’un hôtel de la ville, depuis le 8e étage, dans un état physique attestant de tortures atroces. Qui l’a sodomisé et défenestré, et pourquoi ? Cherchait-il un emploi…ou bien ses bourreaux voulaient offrir à Satan du sang frais ? Une jeune femme de 35 ans est nommée à un poste administratif (juteux sans doute à Douala). Dès qu’elle paraphe le document de passation de service, elle tombe évanouie et commence à saigner. Quelques jours plus tard, elle meurt sans avoir occupé le poste. Maladie naturelle, a-t-on dit… Une jeune animatrice de radio est menacée de mort au téléphone. Quelques jours après, des individus masqués débarquent chez elle, l’enlèvent, s’en vont la lyncher et laisser pour morte dans un caniveau… Y a-t-il un droit à la vie dans une société où le crime de sang est ainsi banalisé ?

Viols et meurtres au nom de l’Etat
Des meurtres ont été commis au nom de l’Etat, sans qu’il s’agisse de condamnation pénale, par des gens abusant de leurs fonctions. Certains ont même eu pour théâtre les campus universitaires où, pour réprimer de simples grèves d’étudiants non armés, la soldatesque a en prime violenté et violé des jeunes filles sans défense, choses qui sont interdites même pendant la guerre. Et elles ne seront pas dédommagées. Et les bourreaux resteront impunis. La justice populaire n’a pas été en reste, puisque des bandits présumés ont été brûlés vifs dans les quartiers, une fois encore, de Douala, Yaoundé et Bafoussam, parce que les populations ne font plus confiance en la justice d’Etat.

Que peut-on conclure de la situation dont les faits sus-cités ne sont qu’échantillons indicatifs, sinon que la nation se barbarise. Quand une nation se barbarise, cela veut dire qu’elle fait le chemin retour d’une société civilisée à la jungle sauvage. Parce que dans le cas de figure, le droit de la force dans notre pays, s’est substitué partout et en tout à la force du droit. L’autorité publique s’est effacée devant un réseau de prédateurs qui se sont approprié l’Etat et partagé la puissance publique ; qui ont de ce fait pris en otage le gardien de la souveraineté du peuple, et qui peuvent faire ce qui leur plaît des biens et fonds publics, mais aussi des individus citoyens. Tous les moyens de la violence d’Etat leur appartiennent en propre, et même les bras levés, le peuple est “ abattu ” à travers la violation constante de ses droits les plus essentiels, que ceux-ci soient physiques, civiques, ou économiques.
Car nous oublions souvent de rappeler que les détournements de fonds publics, la corruption, les tracasseries fiscales et administratives qui freinent l’investissement et la croissance, l’arnaque de la police sur les transporteurs, la casse des étals sur les trottoirs etc… sont autant de violations des droits économiques. Ici, ce n’est pas seulement la dignité personnelle qui est atteinte à travers les inégalités et la pauvreté induites, mais aussi le droit à la vie, à travers ces morts silencieuses que provoque la faim ou l’incapacité financière de soigner la moindre maladie.

Où est passé l’Etat ?
La question lancinante que l’on entend poser les Camerounais en cette fin d’année 2006, c’est : “ où est donc passé l’Etat ? ” Ce qui n’a rien d’étonnant, puisque c’est l’Etat qui est le suprême protecteur de tous les droits. Mais, en fait, un Etat peut-il reconnaître et protéger les droits des citoyens quand déjà au sommet il bafoue les principes fondamentaux d’ordre politique que sont la souveraineté nationale, le gouvernement (légitimement) représentatif, la primauté de la loi, la séparation des pouvoirs, et la justice républicaine ?

Le Cameroun est dans les faits, un pays sans voie de recours pour le citoyen dont les droits sont violés. Par exemple : si le droit à la vie signifie bien le droit de “ ne pas être mis à mort par ordre ou sur autorisation de l’autorité publique ”, il est aussi également le droit “ d’être protégé par l’autorité publique contre les menaces ou les risques d’atteintes à la vie ”. Pourtant, on a vu en 2006, que l’assassinat et le meurtre sont devenus la “ solution finale ” à tout différend entre l’Etat et les citoyens, et entre les citoyens eux-mêmes. Impunément.

Quand un employé n’a pas eu son salaire depuis plusieurs mois, ou a été licencié abusivement par son employeur, a fortiori si celui-ci est un Blanc en général, Français en particulier, il peut toujours courir de l’inspecteur du travail à la présidence de la République par pétition interposée, en passant par le sous-préfet de son coin, le tribunal du travail, le gouverneur, le ministre du Travail et le Premier ministère, il ne trouvera jamais quelqu’un pour contraindre son employeur à lui payer son salaire ou ses indemnités. Et si au terme de ce parcours, il ne crève pas de faim, il ira grossir les rangs de ces bombes sociales dont l’accumulation assombrit l’horizon 2007 de notre trop tranquille pays.

Par J.B Sipa, publié dans Le Messager du 22-12-2006

 
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